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Vision

 

Une Alchimie imprudente

 

ALCHIMIES, Créations et Cultures, organisateur du FMA, fait partie des créateurs, producteurs et diffuseurs d'art de Montréal. Ses activités s'intègrent d'une façon harmonieuse dans le paysage culturel de la ville et enrichit sa vie artistique. Son équipe est formée de personnes passionnées, de toutes les origines, qui partagent la même vision et les mêmes objectifs.

 

Le mot Alchimies fait référence à une nécessité qui conditionne toute entreprise artistique, celle de vouloir  recomposer le monde dans la réflexion et la création, mais aussi à une irrationalité latente qui permet de transformer, de fusionner et de recréer les signes et les références culturelles.

 

Le même regard interrogateur, posé sur notre culture occidentale et nord américaine, à qui l'on se doit de faire valider à tout moment sa capacité d'accueillir la différence, est tourné vers d'autres cultures qui  s'engourdissent et se replient sur elles-mêmes autant qu'elles réussissent à sauvegarder leurs richesses esthétiques. Il s'agit là d'une démarche qui peut déranger car elle bouscule les acquis et  amène à réfléchir aux défis que pose la modernité en tant qu'espace pluriel. Notre société ne peut rester fidèle à ses  valeurs, universelles, que dans la mesure où elle reste perméable à l'Autre. De cette perméabilité naît une dynamique de fertilisation qui fait de la différence une complémentarité.

 

Pour recréer une scène, un public et un « sens  collectif », les barrières séparant disciplines, styles, traditions et rites sont démolies. Pour que l'échange, qui exige une perte de souveraineté, puisse réellement naître, pour qu'une nouvelle oeuvre puisse à la fois éveiller  et émerveiller, la suffisance et le confort des « techniques » sont imprudemment abandonnés.

 

 

UNE CRÉATIVITÉ NOURRIE PAR LES DIFFÉRENCES

 

Il fut un temps où l'Europe stagnante s'est ravivée au contact d'une  culture arabe vigoureuse. Vint un autre temps où cette même culture s'est  régénérée à son tour par sa confrontation avec la modernité occidentale. La  conquête de l'Espagne par les Arabes et celle de l'Égypte par Napoléon introduisent, d'un côté comme de l'autre, des idées, des sciences, des  techniques, des rythmes, des lois et des modes de vie. Deux moments qui préparent, sinon forcent, des siècles entiers.

 

On est au XIXe siècle. Des émigrants Syro-libanais  « se retrouvent » aux Amériques, l'ailleurs rêvé de tous les gens du Levant ottoman. Parmi lesquels Khalil Gibran, Mekhael Nouaimé, Amin El-Rihani et Elia Abou Madi qui y fondent un mouvement littéraire et intellectuel qui bouleversera la vie politique et culturelle du Moyen-Orient. C'est la Nahda, une expérience de confrontation et de questionnement qui  secoue la pensée arabe sommeillante.

 

Anémiés par de multiples conflits, le rapport des deux mondes sombre aujourd'hui dans la friction et l'équivoque. L'Occident, en pleine crise de sens, et le monde arabe, toujours en quête d'une fuyante renaissance, s'affrontent dans un repli identitaire et une dualité sourde.

 

La dualité se vit à tous les niveaux, politique, culturel et social. En  témoigne vivement la guerre, le fanatisme, la peur, les préjugés et, surtout, les discours. Au-delà d'une mondialisation qui n'envahit que les marchés, la communauté, l'individu, le vivre-ensemble, le droit, la famille, la religion, le savoir, la loi ou le rapport à la femme revêtent un sens tout autre selon que l'on regarde la chose d'ici ou de là-bas. Toutefois, pour quiconque s'engage dans une dynamique de réflexion, de tolérance et de  dialogue, cette même dualité devient substance. Substance de questionnement et de recherche, en vue de l'assumer, de l'affronter et de la dépasser. En vue de changer la façon de vivre la différence ou, peut-être, de l'accepter tout simplement.

 

C'est cela le Festival du Monde Arabe de Montréal. Une action engagée par des personnes traversées par la tension de la dualité, recherchant un sens tant aux mots et aux idéaux qu'aux événements. Le FMA puise volontairement sa vision et son contenu dans la zone très riche, très dense et très stimulante de la dualité Occident / Monde arabe. Il se veut une plate-forme pour une dynamique de reconnaissance et d'écoute placée sous le signe du sérieux, du  courage et du véritable engagement. Cela ne saurait, toutefois, se faire que dans  l'inclusion et le partage.

 

De par son cosmopolitisme, Montréal est, aujourd'hui, peut-être l'unique cadre pour une ouverture vers une culture arabe qui, aujourd'hui plus que  jamais, se prête au renouvellement. Dans cet espace, où cette culture est reçue en invitée et non en intruse, étrangère ou même menaçante, s'insère le Festival du Monde Arabe de Montréal. Inspirée des Avicenne, Averroès, Maïmonides, Léon  l'Africain et les tenants de l'École du Mahjar, ou encore LaMartine,  Jean-Jacques Rousseau, Monge et Laplace, son équipe croit profondément que l'utopie de la rencontre est à la fois exercice de citoyenneté et stimulant de  créativité.

 

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DES THÈMES AUDACIEUX ET PERCUTANTS

 

La direction artistique d'Alchimies, Créations et Cultures choisit des thématiques annuelles qui encadrent  l'ensemble des activités de création, de recherche et de programmation. Il s'agit d'exercices de réflexion qui fondent la démarche artistique, suggèrent  concepts et projets et préparent des rencontres.

 

Chaque thème est un voyage tant de la  mémoire que de l'imagination vers des univers profonds, enfouis dans les pas, les mots, les mouvements et les sens. Créateurs, d'ici et d'ailleurs, équipe et  artistes invités s'approprient la proposition et tentent de conjuguer moi et  soi, passé et présent, dans des liaisons possibles, sinon réelles. 

 

Par le biais du thème, Alchimies, Créations et Cultures invite chorégraphes, compositeurs, dramaturges, cinéastes, poètes et penseurs à explorer, à dialoguer et à oser de nouvelles  formes, couleurs, sonorités et mots qui remuent conformité et différence. L'oeuvre, conçue ou sélectionnée, devient, ainsi, un espace de représentation et d'actualisation du thème, un véritable lieu d'échange, où les échos de l'Autre résonnent intensément dans les profondeurs du Soi.

 

Extraits de Liaisons Andalouses, 2008

« ...  Il se peut que Félix Andalusia  n'ait jamais existé. Comme tous les Félix d'ailleurs. Toutefois, fiction ou  réalité historique, l'Idéal andalous reste une référence incontournable quand  il s'agit de pluralisme, de dialogue et de vivre-ensemble. Il n'est de modèle  possible que mythique. Qu'une certaine culture arabe, d'ici ou d'ailleurs,  d'hier ou de demain, soit capable de s'ouvrir à la différence, d'embrasser des  valeurs universelles et de proposer des voies inédites, ceci ne relève pas de  l'enthousiasme, ni de l'imagination. Que l'Andalousie plurielle soit un mythe,  une pure rêverie fantastique ou une sublimation nostalgique, cela n'a aucun  sens pour celles et ceux qui croient que l'Autre n'est pas nécessairement  l'enfer! »

 

Extraits d'Espace Zero, 2007

« ... L'édition  2007 du FMA aspire à revisiter des lieux, fantasmés ou façonnés, recomposés ou  banalisés, qui constituent l'espace zéro de la rencontre, le foyer premier  de toute solidarité entre individus ou entre cultures. Des « agoras » de tous les temps et de toutes les civilisations où la proximité, l'ouverture à l'inconnu, le commerce, l'échange, la causerie, le dévoilement réciproque des intimités et  l'aveu, mais aussi la lecture, le conte, le débat, la musique, la danse et tous  les autres jeux de l'imaginaire, tissent des liens solides entre identité et  différence, entre ici et ailleurs, entre passé, présent et futur. À chaque  espace traditionnel oriental son équivalent moderne ou occidental. Importé ou  original, il est toujours réapproprié, recomposé ou réaménagé. Du maqha au  café, du souk au marché, du hammam au salon de massage et de relaxation, du khan au bar, de la médina au centre-ville, du caravansérail à l'hôtel ou l'aéroport, l'espace se transforme, se vide de sa matière originale pour se  peupler de formes et de fonctions nouvelles adaptées aux modes de vie modernes.  Revisiter ces lieux, c'est avant tout leur restituer un sens premier,  réactualiser leurs évidences que nous ne considérons plus comme significatives  et rendre à nouveau manifeste leur forme première ».

 

Extraits de Prophètes rebelles, 2006

« ... Parce que la prophétie  n'est pas l'apanage d'un groupe ou d'une époque. Elle « nous »  appartient. Elle est le lieu même de notre humanité. Parce que les prophètes du  Sacré, qui viennent tous de l'Orient, se figent dans des figures historiques  immuables et sombres n'inspirant que violence et vengeance, alors que ceux de  la Modernité, occidentale certes, ne soufflent que froideur, solitude et  adversité. (  ...  ) Nos prophètes rebelles sont ces artistes qui  résistent à l'effondrement de l'humain et tentent  d'ajouter de la chaleur et de la vie à notre monde désenchanté. Faiseurs  d'illusions et créateurs de sens, ils sont ceux et celles qui osent encore  inventer un « nous » qui n'est pas seulement d'ici ou de maintenant.  Ils appellent, annoncent et invitent à jouir, ensemble, de la vie, à réchauffer  le monde froid des prophéties individuelles. Pour un court moment, dans le noir  d'une salle, une communauté se construit et le désir de l'Éternité se nourrit  de l'Autre. Prophètes rebelles, pour que la rencontre soit toujours possible ! »

 

Extraits de Harem, 2005

« ... Revisiter le Harem, c'est  autant recouvrer l'érotisme et repeupler le corps de sa transcendance  originelle que déjouer les différences, les représentations et les tensions. Il  n'y a pas de meilleur espace imaginaire que ce lieu de réclusion pour explorer  nos perceptions des opposés, déserter nos a priori et tenter une autre façon de vivre la différence, qu'elle soit sexuelle ou culturelle ! Rechercher un érotisme qui conjugue liberté et sensualité, sacré et profane, égalité et  différence, est une aventure qui nous aide à mieux vivre nos multiples  tensions, à résister au règne des catégories et des images et à faire face à  cette violence que renferme tout rapport à l'autre qui ne sert que soi-même. Vouloir restituer le sens originel pour retrouver le sens commun ou, du moins, pour ralentir sa désintégration, c'est caresser l'idée d'un monde un peu plus harmonieux, un peu plus honnête, un peu plus courageux et, peut-être, un peu  plus joyeux. Déconstruire le harem, c'est aussi le reconstruire pour y recevoir des Shéhérazade érudites, créatrices et audacieuses qui opposent le pouvoir des mots et du savoir à l'arbitraire du politique et des rois ... » 

 

Extraits de Razzias, 2004

« ... Les Razzias décomposent le  temps et bouleversent l'ordre et ses rythmes. Conquérant et conquis se diluent,  par la magie du vivant, dans une composition neuve et unique. Les mystères des  uns et des autres se dévoilent et s'offrent mutuellement. On se recompose ! Les Razzias se font toujours oublier, mais la paix qu'elles engendrent se délecte du temps et s'installe confortablement dans les impulsions et les enchaînements. Mythes et dieux s'épousent, citadins et barbares partagent les couleurs, les sons et les mots ( ... ).Il s'agit de  ressortir des razzias qui s'ancrent dans la conscience et l'imaginaire des individus et des peuples et plongent leurs racines dans le futur d'hier, notre  présent  ... » 

 

Extraits de Face-à-face, 2003

«  ... Le désir d'un face-à-face  est légitime, mais il n'est pas nécessairement désir de conciliation ou de  négociation, non plus de consolation ou de réconfort. Il peut être surtout relation non binaire où l'autre est à la fois identique et différent, ami et  ennemi, égal dans sa volonté d'être autre, ambition d'une rencontre qui permet  de secouer les confiances, de les démolir et de les reconstruire. Ambition qui  permet d'oser espérer, de s'illusionner sur une liberté possible. Nous sommes  avides de confronter nos contradictions parce que, comme disait Georges  Bataille, "chercher la suffisance est la même erreur qu'enfermer l'être en  un point quelconque: nous ne pouvons rien enfermer, nous ne trouvons que l'insuffisance." Le mot « arabe » devient de plus en plus le  Lieu, la Résidence, la Scène où se refait une identité en manque de différence, où se construisent des imaginaires en noir et blanc et où se développe une mathématique de noms qui contraint égalités et inégalités à devenir aussi  définitives que violentes. C'est sur cette même scène que doit se produire le face-à-face d'aujourd'hui, celui qui permettra de confronter les certitudes du  soi avec les mystères de l'autre. Celui qui permettra au monde d'être - à  l'image de l'homme - multiple ...  »

 

Extraits de Vous avez dit Arabe ?,  2002

« ... Une référence  à l'actualité dans ce qu'elle offre de plus  violent : l'Arabe, cet « anti-occidental » par excellence, comme on le présente souvent. Mais qu'est-ce que « l'Arabité » ?  Peut-être cette scène où se déploie des ambigüités fondamentales qui touchent à l'idée même de l'homme ... Le thème de cette édition est-il provocateur ? Peut-être. Mais, si la provocation peut conduire à déconstruire les représentations meurtrières, elle devient source de dépassement et de créativité pour se libérer, ainsi, de tout caractère cynique et de toute subversion gratuite. »

 

Extraits de Tentations, 2001

«  ... La démarche du FMA dérange,  car elle bouscule les acquis et amène à réfléchir aux défis que pose la  modernité en tant qu'espace pluriel. C'est du coeur de ce défi que surgit le FMA, en tant qu'événement définitivement montréalais, dans une ville qui,  aujourd'hui plus que jamais, a besoin de se vérifier et de se confirmer dans  son identité de métropole cosmopolite. Et c'est en réponse toujours, au même  défi, que le FMA s'obstine à secouer l'engourdissement d'une certaine culture  arabe. Il continuera à agresser la quiétude et à alimenter la réflexion et la créativité, au profit d'un public montréalais curieux et audacieux. À ce public, nous proposons des tentations post-apocalyptiques, fines comme le sable du désert, chaudes comme les souvenirs des bédouins, intrigantes  comme les regards une femme voilée  ... ».

 

Extraits de Journées 2000,  2000

« Montréal n'est pas simplement  une ville. Elle est la nôtre. Elle n'est pas juste le lieu de notre  célébration, mais elle en est le coeur. C'est dans la rencontre et le partage  que nous, aussi «gens d'ici», pouvons rendre à nos différences leurs richesses et leurs valeurs, bâtir «notre» lieu dans la Ville que nous aimons, celle qui se fait, de plus en plus, une maison à plusieurs demeures. Au Festival du Monde  Arabe de Montréal - Journées 2000, l'arabité sera teinté d'un éclat proprement  montréalais. ».

 

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POUR UN ESPACE QUÉBEC / MONDE ARABE À MONTRÉAL

 

Ce  projet d'Alchimies, Créations et Cultures est encore embryonnaire. Il ambitionne  la création d'un véritable pont culturel entre le Québec et le monde arabe. Vos commentaires, ainsi que vos messages de soutien, sont les bienvenus.

 

Objectifs

- Développer et approfondir à Montréal et au Québec l'étude, la  connaissance et la compréhension du monde arabe, de sa langue, de sa  civilisation et de son effort de développement;

- Favoriser les échanges culturels, la communication et la coopération  entre le Québec et le monde arabe, surtout dans les domaines des arts, des  sciences et de l'économie.

Unités de l'EQMA

- Arts et cultures

- Économie et société

- Médias

Vitrines de l'EQMA

- Salle de spectacle

- Salle d'exposition

- Bibliothèque

- Médiathèque

- Centre de recherche

Pourquoi un tel espace  ?

- Montréal et le Québec doivent faire face aux défis de notre monde et de  notre société et aux multiples défis imposés aussi bien par une conjoncture  internationale et nord-américaine de polarisation que par une présence arabe et  musulmane de plus en plus grandissante.

 

- La dualité Occident / Monde arabe  s'affirme comme un des  principaux axes de la conjoncture culturelle et politique internationale. Le  Québec ne peut rester indifférent à l'égard de cet enjeu. Il peut même y jouer un rôle précurseur, avant-gardiste, en tant que force active qui soutient la recherche de voies alternatives, de nouvelles expériences et façons de vivre la différence.

 

- Montréal est peut-être aujourd'hui la seule ville en Amérique du Nord  qui peut accueillir un espace culturel où naîtra un échange innovateur,  objectif et fructueux avec la culture arabe qui constitue une composante  majeure de notre monde. Un espace dans  lequel cette culture sera reçue non comme intruse, étrangère ou menaçante, mais  comme faisant partie du tissu culturel de la société.

 

- Dans le contexte mondial et québécois actuel, il  est nécessaire de concevoir des approches  interculturelles innovatrices qui vont au delà des voeux  et des discours de conciliation et de reconnaissance,  mettant en commun aussi bien les convergences et les  valeurs communes que les différences, les angoisses et les jugements.

 

Il est donc urgent d'entreprendre des actions qui, tout en s'inspirant des chartes et des valeurs fondamentales montréalaises, québécoises et canadiennes, opèrent un  virage dans la façon de vivre la pluralité. Nous pensons que l'élément-clé de cette vision est de créer  des espaces de rencontre qui oeuvrent pour  une véritable interculturalité, active et critique, favorisant, ainsi, une véritable intégration. Nous considérons qu'aussi bien les accommodements  raisonnables que la consécration des chefs religieux  et des « dignitaires » comme références en matière de représentation communautaire constituent des outils indispensables pour régler  des problèmes concrets, actuels ou urgents, mais nous sommes  persuadés aussi qu'ils constituent des actions réactionnaires qui relèvent  d'une gestion à court terme du problème principal et contribuent, à long  terme, à attiser les tensions identitaires et à empêcher l'émergence d'initiatives et de lieux de  dialogue qui transcendent les représentations identitaires réductrices et  récalcitrantes.

 

La  pertinence de ces espaces de rencontre dédiés au dialogue des cultures, c'est précisément d'inscrire dans  la réalité vécue et exprimée une vision conséquente d'un Québec à la fois pluriel et unique, un  lieu capable de conjuguer, et non seulement de superposer, les écarts entre les goûts esthétiques, les  besoins, les intérêts, les coutumes, les comportements et les traditions des  différents groupes et individus. Le fait que ces écarts soient actuellement  exacerbés au point de rendre utopique toute jonction ne  doit toutefois pas nous empêcher de voir qu'ils sont voués à demeurer  constitutifs de l'unité de notre société.

 

La recomposition permanente de l'identité culturelle  d'une société plurielle comme Montréal ne devrait plus se  fonder sur la reconnaissance et la consolidation des foyers traditionnels et clos de la "reproduction  identitaire" (églises, mosquées, associations folkloriques et religieuses,  etc.), mais sur la constitution de  nouveaux espaces dans lesquels le dialogue et l'échange sont aussi bien  possibles qu'utiles. Dans cette constitution des espaces de  dialogue et de rencontre, il semble bien  important de parler de médiation. Parmi les médiateurs de culture  perméables aux mutations, conscients de leur propre  culture et de la  culture de l'Autre, les artistes apparaissent comme les  passeurs, les "traducteurs" d'une culture à une autre  et les seuls acteurs qui agissent sur "leur  communauté" et la transforment. Et c'est bien  à ces agents que la société québécoise devrait  offrir tout le soutien nécessaire pour qu'ils puissent jouer pleinement leur  rôle de médiateurs.

 

Nous inscrivons donc notre démarche dans cette  vision de la  Rencontre et du Dialogue entre les cultures, avec en filigrane l'idéal du  vivre-ensemble, d'urbanité et de cosmopolitisme, car nous pensons  que tout échange interculturel s'institue et prend place d'abord dans des  espaces réels de rencontre. Quelle  définition pouvons-nous dès lors reformuler d'un  Espace Québec-Monde arabe à Montréal ? Quel est la nature d'un  tel espace et quels sont les missions et les défis qu'il devrait relever?

 

Tout cela reste à définir, mais il est certain que  l'objectif premier d'un Espace Québec – Monde arabe serait de  cerner et de développer la relation qui se construit entre  une société québécoise en quête d'une identité  plurielle et une « culture arabe » lointaine et méconnue, mais  puissamment présente aussi bien dans l'imaginaire des « gens d'ici »  que dans une réalité sociale de plus en plus multiculturelle.

 

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