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2008 - Liaisons andalouses Des voies inédites!
« Quand les Arabes sont arrivés à Cordoue, sur le lieu où ils édifieront leur Mosquée, ils trouvèrent d'abord une basilique wisigothique. L'espace du lieu de prière fut divisé en deux, séparé seulement par un rideau. Pourrait-on seulement imaginer aujourd'hui un lieu unique pour des cultes différents séparés uniquement par une étoffe?» (L'Andalousie au coeur - 7 Dragons) « Ce que vous avez fait se trouve partout. Ce que vous avez défait était unique » (Charles Quint comment ... « Quand les Arabes sont arrivés à Cordoue, sur le lieu où ils édifieront leur Mosquée, ils trouvèrent d'abord une basilique wisigothique. L'espace du lieu de prière fut divisé en deux, séparé seulement par un rideau. Pourrait-on seulement imaginer aujourd'hui un lieu unique pour des cultes différents séparés uniquement par une étoffe?» (L'Andalousie au coeur - 7 Dragons) « Ce que vous avez fait se trouve partout. Ce que vous avez défait était unique » (Charles Quint commentant la reconstruction de l'Andalousie après la Reconquista).
L'Andalousie de l'imaginaire fait partie des patrimoines des Sud-Américains, des Espagnols, des Arabes, des Berbères, des Portugais, des Européens... Foyer de sciences, de traduction, de philosophie, d'architecture et de botanique, fruit de la rencontre d'un islam éclairé, confiant et innovateur avec une Europe assoiffée de connaissances, l'Andalousie représente le courage qui, en un moment de grâce, s'est emparé à la fois de l'Orient et de l'Occident. On attribue cette effervescence de l'esprit à une « certaine » culture arabe qui fut capable de recevoir, de transmettre et de proposer. Pourquoi cette culture s'est-elle éteinte? Quelles sont les raisons de cette rupture? Pourquoi la pensée rationnelle d'Averroès n'a pas eu d'héritiers dans le monde arabe? Pourquoi ce mythe reste si puissant et si évocateur? Ces questions refont surface à chaque fois qu'on emprunte les multiples voies que trace l'histoire andalouse.
Cependant, il nous semble plus pertinent, voire plus urgent, de quérir l'Andalousie dans le présent plutôt que dans le passé. Ce possible andalou est-il si inaccessible ? Montréal d'aujourd'hui n'est-elle pas une Andalousie vivante ? Dans cette ville où, depuis des siècles, chrétiens, juifs, musulmans, autochtones, immigrants, pauvres exilés, riches expatriés, hommes et femmes venus de partout se mélangent, partagent les mêmes quartiers, les mêmes bureaux, les mêmes cafés, les mêmes autobus et, de plus en plus, les mêmes femmes et les mêmes hommes? Ces liaisons quotidiennes, tissées et inscrites dans la réalité montréalaise, ne nous rapprochent-elles pas plus de cette Andalousie rêvée que de la guerre des Croisés ?
À l'image de l'Andalousie, Montréal est complexe, riche et polymorphe. Elle est une et plusieurs. Terre d'adoption, elle assimile avec audace et générosité les apports des multiples cultures qu'elle reçoit. Jumelle de Grenade, Cordoue et Séville, elle offre à chacun sa ruelle désirée et à tous une médina qui émerveille par sa pluralité. Le métissage que le modèle andalou propose se vit aujourd'hui, ici-même, sous d'autres formes, dans une ville laïque et gouvernée par des valeurs de liberté, de partage et d'ouverture. L'identité « andalouse » de Montréal n'est pas à faire, elle est à performer, à exprimer et à célébrer.
Une fois de plus, la thématique du FMA reflète un élan d'enthousiasme et d'affirmation. Pour notre équipe, l'Idéal de la rencontre est plus qu'une idée, c'est un choix de vie et une façon d'être et de rêver. Il est surtout un art et une culture ! Inspirés des Averroès, Maïmonide, Léon l'Africain, mais aussi de Khalil Gibran, Wajdi Mouawad et autres, nous croyons profondément que l'utopie de la rencontre est à la fois exercice de liberté et stimulant de créativité.
Il ne s'agit certes pas de passer outre les fausses perceptions, les tensions et les préjugés, provoqués et alimentés par un contexte mondial de violence, d'inquiétude et de confusion, ni de glorifier le présent jusqu'en faire un coin de paradis. Les liaisons andalouses, ou montréalaises, que propose la 9e édition du FMA retracent des rapports de solidarité, de dépendance et d'amitié, mais aussi de compétition, de rejet et de rupture entre les individus et les cultures.
Mais, rompre avec la décomposition du monde, c'est s'obstiner à créer des liaisons neuves, s'aventurer sur des voies inédites, sortir de ses lisières et tenter de forcer l'harmonie. Non pas pour concilier ou recoudre les présumés opposés (Orient et Occident, tradition et modernité, civilisation et barbarie), mais pour oser une remise en cause des images, des représentations et des opinions qui génèrent le malaise, par le biais de rien d'autres que des images, des représentations et des opinions. Décidément, toute création artistique possède, au regard des enjeux du monde, un puissant souffle d'utopie. Mais, celle qui naît de la rencontre est une utopie radicale parce qu'elle aspire à incorporer l'étrangeté et la différence et à soumettre la diversité des styles et des traditions à une expression à la fois une et multiple. Ainsi, le thème de la 9e édition du FMA voudrait rendre compte des fractures qui traversent notre vécu et l'emprisonnent dans des voies fermées, mais il est surtout une invitation à suivre ou à tracer des lignes qui s'échappent et qui «tentent» des trajectoires inédites, des liaisons originales.
La curiosité montréalaise qui a permis au FMA d'exister et de grandir est le ciment d'une société vivante qui, aussi bien par ses réussites que par ses travers, embrasse le modèle andalou. Les deux moments, passé et présent, imaginaire et vécu, nous appartiennent et sommes libres d'en définir les contours. Avec Liaisons andalouses, des voies inédites, le FMA tente d'exalter ces rencontres fécondes qui se font à Montréal entre les individus et les cultures et qui s'illustrent à travers des mots, des musiques, des idées et des images.
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2007 - Espace Zéro Des lieux à refaire ensemble!
Si la thématique de l'édition 2006 du FMA, Prophètes rebelles, reflétait à la fois un certain désenchantement par rapport à l'Idéal d'une communauté humaine plurielle et la conscience de la nécessité d'une parole et d'une action qui rendent la rencontre des multitudes possible - dans la vie et non sur le blanc d'un papier ou dans les discours et les chartes, l'édition 2007 du FMA aspire à revisiter des lieux, fantasmés ou façonnés, recomposés ou banalisés, qui constituent l'espace zé ... Si la thématique de l'édition 2006 du FMA, Prophètes rebelles, reflétait à la fois un certain désenchantement par rapport à l'Idéal d'une communauté humaine plurielle et la conscience de la nécessité d'une parole et d'une action qui rendent la rencontre des multitudes possible - dans la vie et non sur le blanc d'un papier ou dans les discours et les chartes, l'édition 2007 du FMA aspire à revisiter des lieux, fantasmés ou façonnés, recomposés ou banalisés, qui constituent l'espace zéro de la rencontre, le foyer premier de toute solidarité entre individus ou entre cultures. Des « agoras » de tous les temps et de toutes les civilisations où la proximité, l'ouverture à l'inconnu, le commerce, l'échange, la causerie, le dévoilement réciproque des intimités et l'aveu, mais aussi la lecture, le conte, le débat, la musique, la danse et tous les autres jeux de l'imaginaire, tissent des liens solides entre identité et différence, entre ici et ailleurs, entre passé, présent et futur. Des lieux qui réfèrent à la vie, celle des hommes de tous les jours et de partout, et non à une région, à une religion, à une classe, à une race ou à une culture particulières. Des lieux qui traversent toutes les religions, tous les peuples et toutes les cultures, constituant le propre de ce qui est à la fois singulier et pluriel, et donc humain. Des espaces où on cause avec autrui pour se faire cause de soi-même, car causer, c'est d'abord s'ouvrir à une différence. C'est mettre en commun des peurs et des jugements.
À chaque espace traditionnel oriental son équivalent moderne ou occidental. Importé ou original, il est toujours réapproprié, recomposé ou réaménagé. Du maqha au café, du souk au marché, du hammam au salon de massage et de relaxation, du khan au bar, de la médina au centre-ville, du caravansérail à l'hôtel ou l'aéroport, l'espace se transforme, se vide de sa matière originale pour se peupler de formes et de fonctions nouvelles adaptées aux modes de vie modernes. Revisiter ces lieux, c'est avant tout leur restituer un sens premier, réactualiser leurs évidences que nous ne considérons plus comme significatives et rendre à nouveau manifeste leur forme première.
En considérant l'actualité de ces espaces comme résultante de diverses mutations culturelles et techniques, il faudrait ré-explorer, réinterpréter les éléments fonctionnels des traditions qui les a engendrés. Le questionnement de leur "réaménagement" et de leur "hygiène" modernes pourrait fournir quelques éléments de réponse à la question épineuse de la diversité. Si la vie sociale lie le passé au maintenant, la tradition à la modernité, l'ici à l'ailleurs, si elle est faite de volontés humaines somme toutes constantes, mais qui se manifestent de manières différentes, ces espaces peuvent nous renseigner sur la nature de notre présumé vivre-ensemble moderne. Y a-t-il une parenté qui lie les cafés de Bagdad à ceux de Montréal, le souk El-Hamidiyé au marché Jean-Talon, les hammams d'Alep aux luxueux salons de massage du centre-ville ? Et laquelle ? Dans chaque ensemble considéré séparément, y a-t-il une vie commune qui traverse et anime ses propres éléments ? Et laquelle ? La différence ose-t-elle s'y aventurer ?
La pertinence du choix de ces espaces de rencontre comme thématique d'un festival montréalais dédié au dialogue des cultures, se trouve dans cet acharnement à inscrire dans la réalité, vécue et exprimée, une vision conséquente d'une ville qui se dit et se veut plurielle, d'une société qui ne cesse de promettre de conjuguer les écarts entre les goûts esthétiques, les besoins biologiques, les intérêts commerciaux, les comportements et les traditions des différents groupes et individus. À l'encontre de ce que suggère notre vécu, nous persistons à croire que cela est possible. Nous sommes convaincus que le fait que ces écarts soient actuellement exacerbés au point de rendre utopique toute jonction ne doit toutefois pas nous empêcher de voir qu'ils sont voués à demeurer constitutifs de ce qui nous unit. En fait, dès qu'on parle de communauté, qu'elle soit celle d'une ville « plurielle » et « diversifiée » comme Montréal ou celle d'une planète composée de « tribus », d' « ethnies », de « peuples » et de « nations », on baigne en pleine mystification. Il y a toujours et seulement des communautés, multiples, diverses, en rapports de solidarité, de dépendance, mais aussi de compétition, de rejet et de conflit les unes avec les autres. Toutefois, si on se parle, fût-ce pour exprimer son désaccord, fût-ce même pour s'insulter, c'est qu'on partage l'essentiel d'une même réalité. Balzac disait, avec raison, que le Café est le vrai parlement du peuple. Car ce lieu était voué à recevoir les différences, à les confronter, dans la spontanéité et le courage de l'ouverture à l'autre.
Nous inscrivons donc notre thématique, Espace Zéro, dans l'idéal du vivre-ensemble, car nous pensons que toute vie commune s'institue et prend place, d'abord et avant tout, dans des espaces réels de rencontre. Elle trouve son fondement dans la compréhension de l'espace comme pratique culturelle. Outre de constituer sa propre réalité fonctionnelle, chaque espace réfère également à un mode de vie, d'être et de représentation. Une revisite des traditions culturelles "incorporées" dans l'histoire de ces espaces permettrait, par exemple, de distinguer leur rationalité poétique et originelle réprimée de leur rationalité empirique et instrumentale moderne. Si cette mise au jour des abîmes que nous voudrions tenter menace le confort des « communautés », elle peut être bien également un facteur de rassemblement, surtout si l'on considère le rejet de l'autre et de la différence comme un défi à relever en permanence, simultanément par la pensée et par la pratique, ou si la Culture est comprise comme une incessante remise en cause de ses propres valeurs et certitudes, de sa propre « identité ». Quelle définition pouvons-nous dès lors reformuler de l'espace urbain et de son esprit cosmopolite? Cette question contribue à mieux cerner la relation qui se construit entre une société montréalaise en quête d'une identité plurielle et un « monde arabe » lointain et méconnu, mais puissamment présent aussi bien dans l'imaginaire politique et culturel des « gens d'ici » que dans une réalité sociale de plus en plus tendue.
Si le contact entre les cultures a rarement été aussi complexe, la chance de l'artiste est de pouvoir investir cette même complexité dans la créativité. Son œuvre s'ouvre ainsi à la pluralité tout en gardant son trait parfaitement individuel. Elle devient recomposition de tout ce que les cultures déposent dans les mémoires et les corps; une façon de se raconter, de s'imaginer et de s'affirmer sans rien oublier des autres et ne rien leur imposer. Décidément, toute création artistique possède, au regard des enjeux du monde, un puissant souffle d'utopie. Mais, celle qui naît de la rencontre est une utopie radicale parce qu'elle aspire à incorporer l'étrangeté et la différence et à soumettre la diversité des styles et des traditions à une expression à la fois une et multiple. Cette aventure exige une prise de conscience de la part des artistes qu'une technique quelle qu'elle soit ne sert à rien si elle n'est pas porteuse d'un projet qui libère de tout ce qui est préétabli. Elle permet d'oser une démarche puisant dans les sources de toutes les cultures pour saisir les potentialités les plus improbables, mais aussi les plus riches, de la rencontre.
La recomposition de l'identité culturelle d'une ville cosmopolite comme Montréal devrait en effet être fondée non seulement sur la redécouverte et la réinterprétation des espaces de la tradition mais aussi sur la critique et la reconstitution de l'espace urbain moderne. Dans cette reconstitution des espaces de rencontre, il semble bien important de parler de médiation. Parmi les médiateurs de culture perméables aux mutations, conscients de leur propre culture et de la culture de l'Autre, l'artiste apparaît comme la figure la plus emblématique. Il peut apparaître comme un passeur, un "traducteur" d'une culture à une autre, un acteur qui agit sur l'espace et le transforme. Et c'est bien à cet artiste, qu'il soit compositeur, chorégraphe, metteur en scène, photographe, peintre, cinéaste, poète ou libre penseur que le FMA offre ses scènes et ses tribunes, à travers ses trois volets traditionnels Arts de la scène, Salon de la Culture et Cinéma, ainsi que son nouveau volet La Médina, pour défaire et refaire des espaces de rencontre, d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs.
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2006 - Prophètes rebelles La rencontre est toujours possible !
Le Festival du Monde Arabe de Montréal soumet une nouvelle fois sa thématique à un impératif de notre époque. Spectacles, rencontres et débats ont été façonnés autour du thème Prophètes rebelles. Pourquoi ce thème? Parce que la prophétie n'est pas l'apanage d'un groupe ou d'une époque. Elle « nous » appartient. Elle est le lieu même de notre humanité. Parce que les prophètes du Sacré, qui viennent tous de l'Orient, se figent dans des figures historiques immuables et sombres n'inspirant que vi ... Le Festival du Monde Arabe de Montréal soumet une nouvelle fois sa thématique à un impératif de notre époque. Spectacles, rencontres et débats ont été façonnés autour du thème Prophètes rebelles. Pourquoi ce thème? Parce que la prophétie n'est pas l'apanage d'un groupe ou d'une époque. Elle « nous » appartient. Elle est le lieu même de notre humanité. Parce que les prophètes du Sacré, qui viennent tous de l'Orient, se figent dans des figures historiques immuables et sombres n'inspirant que violence et vengeance, alors que ceux de la Modernité, occidentale certes, ne soufflent que froideur, solitude et adversité.
Parce que nous voudrions crier notre peur de ne plus pouvoir vivre ensemble. De n'être déjà plus ensemble. La peur de voir l'Autre, le voisin semblable du quartier ou l'Arabe sauvage des nouvelles, se réduire à une simple image, à un pur fantôme.
Parce que nous trouvons très long ce moment de vide, de solitude et de désespoir dans lequel plonge notre vécu. Parce que le monde vit un manque brutal d'un verbe et d'une action capables d'ajouter de l'unité et de l'harmonie à la vie, d'hommes qui ont la force, le talent et l'audace de nous faire croire. Parce que la communauté humaine nous manque… mais aussi celui qui oserait la reconstituer !
Interroger le vivre-ensemble dans sa réalité contemporaine ne peut se faire qu'autour de ce fondateur-créateur d'une unité annoncée, qu'il soit prophète d'une religion ou d'une salle de théâtre, qu'il institue une communauté pour des siècles ou pour deux heures de spectacle. Si, dans la sphère religieuse, le prophète est celui qui fonde la communauté du rite ou du politique, il est dans la spĥère humaine celui qui rassemble les gens autour du Beau et du Possible. Le verbe de « notre » prophète est musique, danse, théâtre, poésie et réflexion. « Qu'on s'obstine à recréer l'Humain… », voici son seul et unique commandement.
Nos prophètes rebelles sont donc ces artistes qui résistent à l'effondrement de l'humain et tentent d'ajouter de la chaleur et de la vie à notre monde désenchanté. Faiseurs d'illusions et créateurs de sens, ils sont ceux et celles qui osent encore inventer un « nous » qui n'est pas seulement d'ici ou de maintenant. Ils appellent, annoncent et invitent à jouir, ensemble, de la vie, à réchauffer le monde froid des prophéties individuelles. Pour un court moment, dans le noir d'une salle, une communauté se construit et le désir de l'Éternité se nourrit de l'Autre.
Prophètes rebelles, pour que la rencontre soit toujours possible !
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2005 - Harem Aux frontières de l'interdit
Harem. Un mot, mille et une évocations. Mais qui dit harem dit avant tout femme. Un certain rapport à la femme. Pourquoi la femme ? Pourquoi le harem? Pourquoi ressusciter cette image qui paraît vieillie, sinon dépassée ? Parce qu'en réalité, le harem est au cœur d'une panoplie de représentations qui constitue notre mythologie et scinde notre monde moderne en deux blocs foncièrement différents. Il fait partie du paradigme de l'Autre, le pendant exotique et exaltant du voile austère ou du djih ... Harem. Un mot, mille et une évocations. Mais qui dit harem dit avant tout femme. Un certain rapport à la femme. Pourquoi la femme ? Pourquoi le harem? Pourquoi ressusciter cette image qui paraît vieillie, sinon dépassée ? Parce qu'en réalité, le harem est au cœur d'une panoplie de représentations qui constitue notre mythologie et scinde notre monde moderne en deux blocs foncièrement différents. Il fait partie du paradigme de l'Autre, le pendant exotique et exaltant du voile austère ou du djihad fanatique. Il renvoie à un vécu fait de tensions et de dualités aussi bien déchirantes que passionnantes. Homme / femme, interdit / permis, sacré / profane, instinct / rationalité, soumission / émancipation, captivité / liberté, intérieur / extérieur, réel / imaginaire, autant d'opposés et de tensions qui traversent à la fois la culture porteuse du harem que celle qui le représente et le reconstruit. Autant de ruptures imaginaires qui fondent surtout le rapport entre les deux cultures.
Le harem dérive du mot arabe harâm, qui désigne ce qui est tabou ou interdit. Son antonyme est halâl, qui fait référence à ce qui est permis. Les deux termes appartiennent au hudûd, qui fixe les limites entre ce qui est permis et ce qui est interdit. Voilà donc apparaître une première tension au sein d'une même culture: ce qui est interdit et sacré versus ce qui est permis et profane. Le harem plonge ses racines à cette frontière, aussi mince que rigide, qui est venue séparer deux passions essentielles pour l'homme. L'érotisme dit oriental a prospéré dans cet espace où se rencontraient prohibition et sublimation. Le voile appartenait aussi à ce même lieu de division symbolisant et soulignant une sexualité sacrée. Mais, le lieu s'est graduellement institutionnalisé pour se rétrécir et disparaître. Voile et Harem se sédimentent alors dans des fonctions et des mécanismes de défense, ou de survie, qui cultivent la peur et la honte et engloutissent tout érotisme et toute spiritualité. On voile le passé, ce temps où les plus grands dieux étaient des déesses, où jaillissait le Baladi, cette danse orientale, à l'origine sacrée, qui unissait le corps et le divin et célébrait la naissance et la vie, mais aussi ce temps prophétique où une Rabi'a al'Adawiyya osait affirmer qu'elle voudrait « verser de l'eau dans l'Enfer et mettre le feu au Paradis afin que disparaissent ces deux tentures et que les hommes cessent de prier Dieu par peur de l'Enfer ou par espoir d'entrer au Paradis, mais uniquement pour sa Beauté éternelle ».
En Occident, le harem, ou plutôt sa représentation, renvoie à une érosion érotique indéniable, à une désacralisation qui n'arrive pas à concilier le double appel de l'instinct et de l'esprit. D'en faire chose une. L'érotisme a presque capitulé et vidé les lieux pour céder la place soit à une sexualité pornographique d'une pauvreté manifeste, soit à une cohorte de figures, dont le harem, qui n'ont de fonction qu'assouvir la soif d'un ailleurs aphrodisiaque à jamais perdu.
Libérées par les lois, les Occidentales subissent toujours la dictature de l'image, du stéréotype, d'une « beauté de consommation », conçue essentiellement par les hommes, d'une sexualité de plus en plus utilitaire et de moins en moins érotique. Si le harem oriental s'est décomposé dans l'isolement et la servilité, son via-à-vis occidental s'alimente d'illusions, sinon de mensonges. Cela vaut aussi pour tous nos autres lieux de représentation. Alors que philosophes, savants et érudits ne cessent d'annoncer, depuis bien longtemps, la mort de Dieu, de l'Homme, de l'Espoir et du Sens, nous continuons à mâcher les grands mots, à entretenir les beaux idéaux, mais aussi à juger et à mesurer à l'aune de nos pulsions grégaires. Alors que nos constructions théoriques sombrent dans un défaitisme sans précédent, nous continuons surtout à vouloir dominer, éduquer et redresser, à faire la guerre pour libérer l'autre de sa prison, de son « harem », et lui offrir liberté et émancipation. Alors que nos pensées ne devancent plus nos actions, nous insistons à dénigrer le passé, à nous plonger dans un futur fait de machines, de solitudes et de peurs et à proposer violemment notre bonheur technologique aux autres.
Enfin, nous évoquons le harem parce qu'il renvoie indéniablement à la dualité Occident / Monde arabe. Une dualité a priori étanche entre le monde dit de la rationalité et celui communément associé à l'instinct et à la tradition. Le rapport à la femme est un des sujets miroirs entre ces «deux »mondes. Des deux bords, la femme d'en face révolte en même temps qu'elle intrigue et séduit. Des deux bords, on fabrique l'autre « femme » à la mesure de ses fantasmes et besoins. Libre ou disponible, sensuelle ou soumise, elle est en alternance objet de désir clandestin et lieu d'adversité collective.
Revisiter le Harem, c'est autant recouvrer l'érotisme et repeupler le corps de sa transcendance originelle que déjouer les différences, les représentations et les tensions. Il n'y a pas de meilleur espace imaginaire que ce lieu de réclusion pour explorer nos perceptions des opposés, déserter nos a priori et tenter une autre façon de vivre la différence, qu'elle soit sexuelle ou culturelle !
Rechercher un érotisme qui conjugue liberté et sensualité, sacré et profane, égalité et différence, est une aventure qui nous aide à mieux vivre nos multiples tensions, à résister au règne des catégories et des images et à faire face à cette violence que renferme tout rapport à l'autre qui ne sert que soi-même. Vouloir restituer le sens originel pour retrouver le sens commun ou, du moins, pour ralentir sa désintégration, c'est caresser l'idée d'un monde un peu plus harmonieux, un peu plus inclusif, un peu plus honnête, un peu plus courageux et, peut-être, un peu plus joyeux. Déconstruire le harem, c'est aussi le reconstruire pour y recevoir des Shéhérazade érudites, créatrices et courageuses qui opposent le pouvoir des mots et du savoir à l'arbitraire du politique et des rois.
Alchimies, Créations et Cultures invite créateurs et public à défoncer les portes du harem pour une visite ouverte du lieu féminin, réel ou imaginaire, vu d'ici ou de là-bas, approprié par des hommes ou par des femmes, conjugué au singulier ou au pluriel. Une visite libre, tant des anticipations que des perceptions figées, dont la seule condition est de congédier la topographie des instincts et des rationalités, de refuser à la fois le mensonge et la servitude qui, comme disait Camus, « là où ils règnent, font proliférer les solitudes».
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2004 - Razzias Quand l'imaginaire refait le monde
Les razzias du cinquième FMA tenteront de mettre à jour les résidus de l'Autre, l'intrus, dans les imaginaires. La violence mélange joies et souffrances, façonne les consciences, recrée les rapports, fait naître de nouvelles formes d'art et prépare à un long sommeil féru de nouveaux songes. Dans chaque note de musique, dans chaque mot, dans chaque mouvement, résonne encore et toujours le galop des chevaux, le cri des chevaliers, le silence des vaincus, et on y perçoit même l'écho du rêve du c ... Les razzias du cinquième FMA tenteront de mettre à jour les résidus de l'Autre, l'intrus, dans les imaginaires. La violence mélange joies et souffrances, façonne les consciences, recrée les rapports, fait naître de nouvelles formes d'art et prépare à un long sommeil féru de nouveaux songes. Dans chaque note de musique, dans chaque mot, dans chaque mouvement, résonne encore et toujours le galop des chevaux, le cri des chevaliers, le silence des vaincus, et on y perçoit même l'écho du rêve du conquérant.
Les Razzias décomposent le temps et bouleversent l'ordre et ses rythmes. Conquérant et conquis se diluent, par la magie du vivant, dans une composition neuve et unique. On se repose, on danse, on chante. D'un côté comme de l'autre, des esprits curieux, souvent fascinés, relèvent, soulignent et régénèrent les regards, les gestes, les discours et les mélodies. Les mystères des uns et des autres se dévoilent et s'offrent mutuellement. On se recompose !
Les Razzias se font toujours oublier, mais la paix qu'elles engendrent se délecte du temps et s'installe confortablement dans les impulsions et les enchaînements. Dans le pacte des guerriers naît l'homme universel. Mythes et dieux s'épousent, citadins et barbares partagent les couleurs, les sons et les mots.
L'édition 2004 du FMA est, tant dans ses propres créations que dans les œuvres sélectionnées, un espace de représentation et d'actualisation du thème. Il s'agit de ressortir des razzias qui s'ancrent dans la conscience et l'imaginaire des individus et des peuples et plongent leurs racines dans le futur d'hier, notre présent.
Conçues par le comité artistique de Alchimies, Créations et Cultures, les nouvelles créations reconstruisent, dans un langage contemporain, deux moments de razzia de forte signification : la conquête de l'Andalousie par les Arabes et celle de l'Égypte par Napoléon. Deux moments qui introduisent des lois, des sciences, des techniques, des rythmes, des mouvements et des styles. Deux moments qui préparent des siècles entiers.
La littérature, la philosophie, la musique, les sciences et la médecine arabes s'insinuent dans l'esprit des Européens du Moyen-Âge et alimentent Lumières et Renaissance. La liberté, l'égalité et la technologie occidentales fascinent les Arabes du XVIIIe siècle, sujets d'un empire ottoman agonisant.
Du flamenco au ballet, du mouachah à l'opéra, les généraux sont suivis à la trace. Du haut de notre époque, nous contemplons le fameux rêve oriental de l'empereur et la passion universaliste des sages Califes. Nous questionnons Monge, Fourrier, Champollion et Berthollet, mais aussi Averroès, Zeriab, Ibn Khaldoun et Maïmonide, sur notre temps et sa « diversité culturelle ». Nous écoutons le kanoun d'Alfarabi et le piano de Beethoven révéler leurs intimités et animosités par le biais de nos propres notes et mesures.
Razzias est un voyage tant de la mémoire que de l'imagination vers un univers profond, enfoui dans les pas, les gestes et les sens. C'est une tentative qui vise à conjuguer passé et présent, moi et soi, dans des liaisons qui seraient possibles, sinon réels. Ce serait comme reprendre des fragments d'histoire pour les défaire, les faire ou les refaire, déjouer ces gardiens de la mémoire, nos certitudes, pour dégager de nouvelles formes et couleurs et faire surgir une expression artistique nouvelle qui permet la multiplicité dans l'unité.
Mais, comment faire dialoguer les différences? Y a-t-il un langage qui permet la rencontre? Ce langage ne germe-t-il pas dans ces échos familiers que nous renvoient le corps, le geste et la voix de l'Autre? Dans ces ombres anonymes et semblables que projettent nos consciences sur les murs de nos diverses cavernes? L'édition 2004 du FMA tente, aussi bien à travers ses propres créations que dans ses choix de programmation, de chercher ses propres réponses dans le croisement des imaginaires.
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2003 - Dévoilée Face-à-face
Pourquoi le face-à-face? Parce que nous y vivons. Parce que nous y sommes. Et, surtout, parce que l'homme est voué à toujours vouloir affronter ses démons. Mais y a-t-il vraiment urgence de le vouloir? Et que pourra-t-il annoncer? Ne sera-t-il pas un pur et simple constat d'échec? Voilà tant de questions qui ne sont pas nécessaires, mais qui sont insistantes. Elles le sont, pour nous « Occidentaux », d'autant plus que nous voulons les éviter, les cacher ou s'en distancier, que nous avons peur ... Pourquoi le face-à-face? Parce que nous y vivons. Parce que nous y sommes. Et, surtout, parce que l'homme est voué à toujours vouloir affronter ses démons. Mais y a-t-il vraiment urgence de le vouloir? Et que pourra-t-il annoncer? Ne sera-t-il pas un pur et simple constat d'échec? Voilà tant de questions qui ne sont pas nécessaires, mais qui sont insistantes. Elles le sont, pour nous « Occidentaux », d'autant plus que nous voulons les éviter, les cacher ou s'en distancier, que nous avons peur de leurs relents archaïques, de leurs suggestions polythéistes, sombres comme la nuit des temps, rappelant le jour banni où le multiple était encore, mais véritablement, possible. Voilà tant de réflexions clandestines, défendues par la Loi d'Aujourd'hui, ou par celle de Demain, conjurées par La Voix qui nous ordonne de croire que les hommes naissent libres et égaux en tout temps à notre image, qui nous ordonne de vouloir le Bien du Monde à sa place et de nous assurer que ce faisant, nous serons - et il sera - plus libre… plus tard.
Voilà tant de questions qui ne sont plus nécessaires, mais qui sont de plus en plus brûlantes. Elles le sont, pour nous « Arabes », d'autant plus que nous n'osons même pas les poser, que nous soupçonnons leurs empreintes modernes ou futuristes, que nous les recevons en étrangers qui attentent à la souveraineté de la Jama'a, défient la Loi d'Hier ou d'Avant-hier, contredisent la Voix qui ordonne de croire que les hommes naissent enchaînés par un pacte originel, par une redevance au passé, à cet Éternel achevé qui ne se fait et ne se défait plus.
Enfin, comment tenter un face-à-face quand l'instinct grégaire règne de part et d'autre, une fois pour conforter l'Occident dans ses puissantes références, certitudes et acquis, une autre fois pour guérir un Orient blessé, dépouillé de ces mêmes attributs qui lui procuraient auparavant une très grande puissance..?
Toutefois, le désir d'un tel face-à-face est légitime, sinon urgent. Mais il n'est pas nécessairement désir de conciliation ou de négociation, non plus de consolation ou de réconfort. Il peut être surtout relation non binaire où l'autre est à la fois identique et différent, ami et ennemi, égal dans sa volonté d'être autre, ambition d'une rencontre qui permet de secouer les confiances, de les démolir et les reconstruire. Ambition qui permet d'oser le miracle, d'avoir et de mériter le droit d'espérer, de s'illusionner sur une liberté possible.
Nous sommes avides de confronter nos contradictions parce que, comme disait Georges Bataille, "chercher la suffisance est la même erreur qu'enfermer l'être en un point quelconque: nous ne pouvons rien enfermer, nous ne trouvons que l'insuffisance." L'Arabe est aujourd'hui l'héritier de ce point mobile, où on enferme rigidement et définitivement l'être. Le point qui permet à chacun et à son autre... d'être! Là où notre suffisance se trompe, nous trompe et se croit maîtresse. Le mot « arabe » devient le Lieu, la Résidence, la Scène où se refait une identité en manque de différence, se construisent des imaginaires en noir et blanc et se développe une mathématique de noms et d'émotions; une mathématique qui contraint égalités et inégalités à devenir aussi définitives que sanguinaires.
C'est sur cette même scène que doit se produire le face-à-face d'aujourd'hui, celui qui permettra de confronter les certitudes du soi avec les mystères de l'autre. Celui qui permettra au monde d'être - à l'image de l'homme - multiple. C'est sur cette scène aussi que le Salon de la culture du Festival du Monde Arabe de Montréal invite des artistes, écrivains et penseurs à prendre la parole…...
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2002 - Vous avez dit ARABE?
L'imaginaire alimente le réel et le construit. L'Arabe, imaginé par un Occident avide d'un Autre, incorpore l'image tout en se versant dans l'adversité et le rejet. Le pluralisme, les valeurs humanitaires, la démocratie, les droits de l'homme, la rationalité et l'esprit critique deviennent l'apanage de l'Autre, des éléments étrangers qui menacent «l'identité» et offensent l'être. En d'autres termes, l'image envahit l'identité, la subjugue et la recompose. Les conférenciers de l'édition 2002 d ... L'imaginaire alimente le réel et le construit. L'Arabe, imaginé par un Occident avide d'un Autre, incorpore l'image tout en se versant dans l'adversité et le rejet. Le pluralisme, les valeurs humanitaires, la démocratie, les droits de l'homme, la rationalité et l'esprit critique deviennent l'apanage de l'Autre, des éléments étrangers qui menacent «l'identité» et offensent l'être. En d'autres termes, l'image envahit l'identité, la subjugue et la recompose. Les conférenciers de l'édition 2002 du Salon de la culture du FMA tenteront de répondre aux questions soulevées par une actualité qui érige le vocabulaire politique en références idéologiques et transforme les mots et les désignations en essences. Une actualité qui puise sa raison d'être dans les instincts de différenciation et de catégorisation, dans ce besoin permanent de se définir dans la négation et la répulsion et, surtout, dans une attitude politique qui devient de plus en plus conforme à la définition du nazi Carl Shmitt : «Le politique est la capacité de distinguer entre l'ami et l'ennemi». C'est-à-dire la capacité de diluer l'universel dans les particularités et de réduire l'identité de l'être humain à sa dimension communautariste !
Mais, au-delà de l'actualité et de ses fixations, les questions se rapportant au concept de l'identité ne cessent d'interpeller notre conscience et de troubler notre vision du monde et de nous-mêmes. L'identité traverse-t-elle immuablement les temps?
À travers leurs témoignages, leurs oeuvres et leurs interventions, les invités du Salon de la culture du Festival du monde arabe de Montréal, proposeront des réponses à ces questions. Dans l'objectif d'amorcer un dialogue et de créer un haut lieu d'échange et de réflexion, le comité organisateur du FMA avait instauré, en 2000, le Salon de la culture. Ce salon est devenu une activité principale du festival et un rendez-vous annuel avec des œcréations littéraires et artistiques et des créateurs d'expression arabe ou ayant un lien quelconque avec la culture arabe.
Caracalla, le rêve de l'Orient révélé. La plus grande compagnie de danse du monde arabe, dirigée par le maître Abdel-Halim Caracalla, a traversé l'épreuve du temps et présenté depuis 25 ans ses productions somptueuses aux quatre coins du monde. Véritables opéras dansés, les œuvres de Caracalla nous racontent l'histoire et le présent d'une culture à mille et une facettes. Costumes et lumières dans une symphonie d'or et d'ocre, danse moderne et traditionnelle, compositions musicales originales et folklore du Moyen Orient, tout concourt à l'enchantement, à l'étonnement du spectateur.
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2001 - Tentations
Une vision et un engagement furent à la base du Festival du Monde Arabe de Montréal dès sa fondation, l'an dernier : briser les frontières et sortir des cercles vicieux des appartenances communautaires. Mais, c'était surtout un rêve osé par des exilés passionnés, désireux de concilier les diverses cultures dont ils sont porteurs et d'inscrire leur pluralisme identitaire au coeur de la vie montréalaise. Si, en 2000, le FMA fut élan, il est devenu en 2001, après un certain 11 septembre, nécessi ... Une vision et un engagement furent à la base du Festival du Monde Arabe de Montréal dès sa fondation, l'an dernier : briser les frontières et sortir des cercles vicieux des appartenances communautaires. Mais, c'était surtout un rêve osé par des exilés passionnés, désireux de concilier les diverses cultures dont ils sont porteurs et d'inscrire leur pluralisme identitaire au coeur de la vie montréalaise. Si, en 2000, le FMA fut élan, il est devenu en 2001, après un certain 11 septembre, nécessité ! Cet espace est aujourd'hui un besoin vital pour cette ville plurielle qu'est Montréal. Cette société ne peut être fidèle à ses valeurs, qu'elle prétend universelles, que dans la mesure où elle reste perméable à l'Autre. De cette perméabilité naîtra une dynamique de fertilisation réciproque qui fera de la confrontation une complémentarité. L'équipe d'Alchimies, Créations et Cultures a voulu faire du FMA un espace où la culture arabe est interrogée dans ses fondements mêmes, par ceux qui la revendiquent ou s'y reconnaissent. Elle se doit aussi de porter ce même regard interrogateur à une culture occidentale et nord américaine, à qui l'on se doit de faire valider, à tout moment, sa capacité d'accueillir la différence. Ceci, dans un souci de profonde authenticité, dans une remise en question permanente des certitudes et des convictions. Il s'agit là d'une démarche qui dérange, car elle bouscule les acquis et amène à réfléchir aux défis que pose la modernité en tant qu'espace pluriel. C'est du coeur de ce défi que surgit le FMA, en tant qu'événement définitivement montréalais, dans une ville qui, aujourd'hui plus que jamais, a besoin de se vérifier et de se confirmer dans son identité de métropole cosmopolite. Et c'est en réponse toujours, au même défi, que le FMA s'obstine à secouer l'engourdissement d'une certaine culture arabe. Le FMA continuera à agresser la quiétude et à alimenter la réflexion et la créativité, au profit d'un public montréalais curieux et audacieux. À ce public, nous proposons des tentations post-apocalyptiques, fines comme le sable du désert, chaudes comme les souvenirs des bédouins, intrigantes comme les regards d'une femme voilée….
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2000 - Journées 2000 Une culture, ça se partage!
Québécois, Arabes, Maghrébins, Africains, Asiatiques, Américains, nous vibrons différemment, mus par multiples traditions, mais nous répondons toujours avec enthousiasme à cet appel intense, aussi profond que lointain, que provoquent les couleurs, rythmes, mélodies et poésies de l'Orient, ce monde que l'on imagine ou qui veille toujours en nous. Voici enfin un festival audacieux où les Montréalais et Montréalaises, de toutes les origines et de tous les goûts, peuvent découvrir des esthétiques ... Québécois, Arabes, Maghrébins, Africains, Asiatiques, Américains, nous vibrons différemment, mus par multiples traditions, mais nous répondons toujours avec enthousiasme à cet appel intense, aussi profond que lointain, que provoquent les couleurs, rythmes, mélodies et poésies de l'Orient, ce monde que l'on imagine ou qui veille toujours en nous. Voici enfin un festival audacieux où les Montréalais et Montréalaises, de toutes les origines et de tous les goûts, peuvent découvrir des esthétiques croisant Orient et Occident. Pour la première édition de cette manifestation culturelle et artistique majeure, musiciens, troupes de théâtre, chanteurs, danseurs, peintres et écrivains se partagent les salles de théâtre et les couloirs de l'Université du Québec à Montréal pour en faire un lieu exceptionnel de rencontre et d'échange.
Montréal n'est pas simplement une ville. Elle est la nôtre. Elle n'est pas juste le lieu de notre célébration, mais elle en est le cœur. C'est dans la rencontre et le partage que nous, aussi «gens d'ici», pouvons rendre à nos différences leurs richesses et leurs valeurs, bâtir «notre» lieu dans la Ville que nous aimons, celle qui se fait, de plus en plus, une maison à plusieurs demeures. Au Festival du Monde Arabe de Montréal - Journées 2000, l'arabité sera teinté d'un éclat proprement montréalais.
Des heures magiques qui sauront rompre les solitudes, transcender les différences, rapprocher les cultures, mais surtout faire vivre d'intenses moments de créativité. À tout cela s'ajoutent des expositions collectives de peinture, de livres et d'œuvres artisanales. Les trémolos d'une voix, les multiples profondeurs d'un tableau et les labyrinthes d'un texte s'harmonisent avec la cadence solide et rythmée de la danse, la résonance foisonnante de l'expression théâtrale, pour porter la fête à ses paroxysmes d'émotion. Mais, ce n'est pas seulement une fête. C'est surtout le désir de partager une culture, si riche et si grande, si pétrie et abreuvée d'Histoire et d'Art, qu'elle ne saurait appartenir à un seul peuple ou à une seule nation. Une culture n'est-elle pas en effet, avant tout, une « expression partagée » ? Et quoi de mieux pour rendre au partage toutes ses dimensions, l'étirer jusqu'aux limites de son possible, qu'un intervalle d'effervescence, d'audace et de débordement?
Célébrons donc, au cours de ces journées, nos «jardins de lumière», notre petite Andalousie réinventée. Québécois de cœur ou de «souche», admirateurs d'un Orient imaginaire ou nostalgiques de couleurs et sons lointains, vous êtes conviés à enrichir, avec vos propres couleurs, l'arc-en-ciel québécois.
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