EXTRAIT VIDÉO
Gema Martin Munoz, directrice générale de CASA ARABE de Madrid, Sami Massoud et Peter Leuprecht. En collaboration avec le Consulat général d'Espagne à Montréal
(Espagne, Québec). Cinquième Salle, Place des Arts.
« Le quadricentenaire de l'expulsion des Morisques devrait jouer le même rôle que la commémoration, en 1992, de l'expulsion des Juifs : être l'occasion de réconcilier la société espagnole avec sa propre histoire. » José Manuel Fajardo
Panel et débats suivront la projection, en première en Amérique du Nord, du documentaire-fiction réalisé par le centre espagnol CASA ARABE sur l'histoire et la mémoire des Morisques, ainsi que sur la tragédie de leur déportation. Cette rencontre avec l'histoire est un recouvrement de la mémoire contre l'intolérance et en faveur de l'interculturalité. L'activité vient marquer le quatre centième anniversaire de cet événement et se veut l'occasion d'éveiller une conscience nouvelle à l'égard de ces pages noires de notre histoire.
À l'heure de la montée de l'islamophobie dans les sociétés occidentales qui, à son tour, alimente l'anti-occidentalisme musulman, les Morisques et leur tragédie peuvent rendre symboliquement un service inestimable en faveur de la réconciliation.
Sociologue, arabiste et essayiste espagnole, Gema Martin Muñoz, est une experte du monde arabe. Docteur en Études Arabes et Islamiques et Professeur de Sociologie du Monde Arabe et Islamique à l'Université Autónoma de Madrid, elle a réalisé des études post-universitaires à l'Université du Caire. Elle se consacre en particulier à l'étude des processus politiques et de changement social dans les pays arabo-islamiques où elle a réalisé de nombreux séjours de recherche, ainsi qu'aux relations entre le Monde islamique et l'Occident. C'est ainsi qu'elle a développé une ligne de recherche sur les Musulmans en Espagne et en Europe. Elle est membre fondateur du Network On Comparative Research On Islam and Muslims in Europe, coordonné par l'Université Sorbonne de Paris.
Gema Martin Muñoz est aussi l'auteure de nombreux livres, parmi lesquels : Irak, un fracaso de Occidente (Tusquets, 2003), El Estado Árabe. Crisis de legitimidad y contestación islamista (Barcelone, Editions Bellaterra, 2000), Islam, Modernism and the West (Londres, IB Tauris, 1999), et El Islam y el Mundo Árabe. Guía didáctica para Profesores y Formadores (AECI, 1994).
Docteur en Études islamiques (2005), Sami G. Massoud enseigne la science politique au collège Ahuntsic à Montréal. Il est spécialiste de l'Islam médiéval et en particulier de la période dite mamelouke (1250-1517) de l'histoire de la Syrie et de l'Égypte. Massoud s'intéresse aussi à l'histoire médiévale et moderne de l'Islam en Inde. En 2007, il a publié The Chronicles and Annalistic Sources of the Early Mamluk Circassian Period aux éditions Brill.
Peter Leuprecht a enseigné aux Universités de Strasbourg et de Nancy ainsi qu'à l'Académie de droit européen de Florence. Professeur invité au Département des sciences juridiques de l'UQAM et professeur à la Faculté de droit de l'Université McGill dont il a été le doyen de 1999 à 2003, monsieur Leuprecht possède des qualifications et une expérience exceptionnelles dans les domaines du droit international et des droits de la personne. Dès 1961, il amorce une brillante carrière au Conseil de l'Europe. Il y restera jusqu'en 1997 après avoir été, entre autres, secrétaire du Comité des ministres, directeur des Droits de l'Homme et Secrétaire général adjoint (poste électif). Conseiller au Ministère canadien de la Justice de 1997 à 1999, membre du Comité des « Sages » qui a préparé le programme d'action sur les droits de la personne pour l'Union européenne de l'an 2000, monsieur Leuprecht est aussi représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour les droits de la personne au Cambodge depuis août 2000.
Peter Leuprecht est lauréat du Prix du civisme européen (1991) et du Human Rights Award of the Lord Reading Law Society (2001).
L'histoire en bref
En 1609, le roi Philippe III signa le décret d'expulsion de tous les Espagnols connus sous le nom de Morisques, dénomination péjorative des « nouveaux chrétiens » qui a fini par perdurer. Descendants des musulmans andalous que les Rois catholiques contraignirent à se convertir au christianisme pour pouvoir continuer à vivre en Espagne, cette minorité apparut toujours suspecte et « inassimilable » car sa fidélité à l'Espagne et la sincérité de sa foi chrétienne étaient mises en doute. La survivance de coutumes, de traditions et de particularités linguistiques, ainsi que d'une littérature aljamiada (espagnol écrit dans une graphie arabe) ne fut pas considérée comme un fécond régionalisme culturel parmi d'autres au sein des différents royaumes d'Espagne, mais comme l'expression d'une cinquième colonne hostile et étrangère à une « espagnolité » définie par un appareil religieux oppressif et inquisitorial.
En se dispersant sur les bords de la Méditerranée, et même en Afrique subsaharienne, les Morisques ont dû surmonter le déracinement et les difficultés d'adaptation à une société très différente de la leur ; différente par la langue, la culture, le mode de vie et même la pratique religieuse. De leur exil, ils ont laissé la trace de leur profonde culture espagnole, de leur science de l'agriculture et de l'élevage, de leur patrimoine artistique et de leurs patronymes espagnols.
Entrée libre